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Libérons les seniors !

4 novembre 2009
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Cet article se rattache à :
Par Xavier Darcos, ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville et Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’Emploi

On ne s’indignera jamais assez de l’hypocrisie d’une époque qui glorifie le dynamisme et l’utilité sociale de ses jeunes retraités, mais adopte sans hésiter le raisonnement inverse dès qu’il s’agit de l’emploi des seniors. Par un curieux paradoxe, notre société n’hésite pas à trouver trop vieux dès 50 ans ceux dont elle admirera, à 60 ans, la jeunesse retrouvée. Pris au piège d’une idéologie tenace, qui a affirmé contre toute vérité que le partage du travail favoriserait la réduction du chômage, notre pays s’est habitué à voir ses salariés les plus expérimentés quitter précocement et définitivement le marché de l’emploi – et, par la même occasion, les statistiques du chômage. Les salariés les plus âgés sont souvent, on le sait, ceux qui se voient proposer une cessation progressive d’activité lorsque leur entreprise connaît des difficultés financières. Les gouvernements de tous bords ont souvent vu dans cette pratique une solution facile et une variable d’ajustement inespérée, financée il est vrai par une pression supplémentaire sur des régimes de retraite dont les comptes sont déjà fortement dégradés.

Cette situation n’est ni efficace, ni digne et surtout, elle dégrade considérablement la position de la France : alors que l’agenda de Lisbonne fixait un objectif de 50% pour le taux d’emploi des personnes de 55 ans et plus, il est d’à peine 38% en France, contre 46% en Europe et jusqu’à 70% en Suède ! Dans un pays tel que le nôtre, dont l’espérance de vie à 60 ans est de 22 ans pour les hommes et de 27 ans pour les femmes, et progresse de deux mois chaque année, ces statistiques ne traduisent pas seulement un contresens démographique, mais aussi une grave erreur économique, sociale et politique qui ajoute à la lente érosion du travail comme valeur essentielle de notre modèle social. Nul ne peut se satisfaire de l’écart grandissant entre la durée de la vie et la durée de l’activité professionnelle, non seulement parce que cet écart menace, à terme, l’équilibre de nos modèle de solidarité intergénérationnelle, mais aussi, plus simplement, parce qu’on ne saurait se résoudre à envisager le travail comme une simple contrainte dont il conviendrait de se défaire au plus tôt.

Le succès des mesures déjà adoptées en faveur de l’emploi des seniors montrent d’ailleurs que les Français ne veulent plus d’une pratique qui disqualifie les salariés au seul motif de leur âge. Ils demandent à pouvoir être libres de d’aller jusqu’au bout de leurs ambitions et de leurs projets tout en aménageant leur rythme de travail lorsqu’ils arrivent au terme de leur vie professionnelle. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer les effets du passage de la surcote à 5%, qui a permis de doubler le taux d’utilisateurs par rapport à 2006, ou le recours au cumul emploi-retraite qui a séduit 7% des « liquidants » depuis le début de l’année.

C’est pourquoi depuis un an, la majorité présidentielle a souhaité sortir la question de l’emploi des seniors du registre de l’incantation pour inciter plus fermement les entreprises et les branches à prendre des engagements chiffrés. La loi de finances pour la Sécurité Sociale pour 2009 prévoit en effet l’obligation pour les entreprises de plus de 50 salariés de mettre en place un accord ou un plan d’action en faveur de l’emploi des seniors et, pour les entreprises entre 50 et 300 salariés, la possibilité de répondre à cette obligation par un accord de branche validé et étendu. Il convient de saluer les entreprises et les branches qui ont déjà conclu un accord, notamment dans les services de l’automobile, le matériel agricole, les vins et spiritueux ou encore les sociétés HLM et les 57 branches, couvrant près de 10 millions de salariés, qui sont en train de négocier activement. Et dans nos ministères, les services des directions du Travail, de l’Emploi et de la Formation professionnelle sont mobilisés pour accompagner les entreprises dans l’élaboration et la mise en place de ces accords.

Face à la crise économique sans précédent que nous traversons, la responsabilité des pouvoirs publics, des partenaires sociaux et des entreprises n’est pas seulement d’enrayer la progression du chômage, mais aussi de préparer le monde du travail de l’après crise : dans ce monde-là, les seniors doivent pouvoir retrouver toute leur place.

www.emploidesseniors.gouv.fr


Rubrique: Actualité - Presse