Nadine Morano, Secrétaire d’Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, a reçu le rapport « Famille, Education aux medias » le 21 octobre 2009.
La Commission Famille, Education aux médias, composée de représentants des associations et d’institutions publiques, ainsi que de professionnels des médias, a été installée le 4 mars 2009 par Madame Nadine Morano, Secrétaire d’Etat chargée de la Famille.
La Commission s’est tout d’abord attachée, grâce à de nombreuses auditions, à cerner l’évolution des modes de consommation des médias par les jeunes, caractérisée par la montée d’internet.
Ces nouveaux supports amplifient des problématiques déjà présentes pour les médias traditionnels : les questions relevant de la protection de l’enfance – l’exposition aux contenus choquants, pornographiques, de très grande violence -, l’impact sur la socialisation et la concentration – notamment en milieu scolaire -, les phénomènes d’addiction, la question de la fabrique de l’information et des sources…, prennent une dimension accrue. A cela s’ajoutent des problématiques nouvelles, touchant à la manipulation des données et à leur utilisation par des tiers, ou encore au respect de la législation, concernant les droits d’auteur et la vie privée.
Mais l’évolution la plus importante concerne l’indépendance de plus en plus grande des enfants vis-à-vis des parents dans leur consommation de médias : internet est un terrain plus difficile à restreindre et les parents se sentent dépassés par leurs enfants au niveau de leurs propres compétences. Savoir utiliser ces nouvelles technologies ne signifie certainement pas les maîtriser, connaître les règles de leur bon usage, les analyser. La relation entre parents et enfants autour des médias doit donc être rééquilibrée, grâce à une politique active en direction des familles.
Après avoir établi ce premier diagnostic, la Commission a distingué les objectifs qui devaient être assignés à l’éducation aux médias dans ce nouveau contexte : d’une part, renforcer la protection de l’enfance à proprement parler, non seulement en mettant à la disposition des familles des outils de protection, mais aussi en leur apprenant à s’en servir, et plus largement en aidant les parents à mieux connaître et comprendre les usages de leurs enfants ; d’autre part, développer l’approche civique et sociale de l’éducation aux médias, absolument nécessaire dans un univers de flux d’informations immédiates, d’apparence non hiérarchisées, non respectueuses parfois de l’individu et du droit. Une telle éducation est nécessaire à la construction individuelle comme sociale et civique des jeunes. La Commission a privilégié cette large approche de l’éducation aux médias, la seule capable de répondre aux enjeux du développement des nouveaux médias. C’est aussi une approche qui responsabilise davantage les familles, parents et jeunes, et qui correspond mieux au développement d’une consommation de plus en plus individualisée, où l’enfant est souvent seul face à son écran et doit donc bénéficier d’une formation renforcée – celle que notamment ses parents lui auront transmises, à condition d’être eux-mêmes en mesure de le faire.
Tous les professionnels des médias auditionnés ont conscience de la nécessité de renforcer la protection de l’enfance sur les nouveaux supports, mais la plupart se limitent à cet aspect très réducteur de l’éducation aux médias. En plus de la mise en place d’outils techniques, de filtrage, de modération, qui peuvent se révéler inefficaces s’il n’existe pas de formation à leur usage, cette appétence se traduit par quelques initiatives individuelles, qui, si elles ne sont pas dépourvues d’intérêt, ne correspondent certainement pas à la volonté de construire une politique d’éducation aux médias pouvant toucher toutes les familles.
Parallèlement à cette demande éclatée de la part des professionnels, il apparaît que les ressources en éducation aux médias sont elles aussi très parcellaires, malgré leur qualité. De nombreuses initiatives existent pourtant en la matière, qu’elles soient portées par l’Education nationale, par des associations, ou par les institutions publiques de l’audiovisuel. Ces initiatives ne sont pas assez relayées, pas assez coordonnées et ne constituent pas une offre lisible et accessible pour toutes les familles : une politique globale est nécessaire.
C’est dans cette direction qu’a travaillé la Commission pour bâtir ses propositions. Celles-ci s’adressent en premier lieu à la Secrétaire d’Etat chargée de la Famille, à l’origine de cette Commission, mais elles concernent également d’autres ministères et institutions, dans la mesure où il s’agit d’un sujet interministériel, qui nécessite une mobilisation générale. C’est pourquoi elles sont organisées autour de la création d’une nouvelle gouvernance, avec une Fondation Famille, Education aux médias dont le rôle est d’appliquer une politique structurée et ambitieuse de généralisation de l’éducation aux médias, en mettant en regard les ressources, les vecteurs et les publics visés.
Le portail internet géré par la Fondation est l’outil essentiel pour mettre en œuvre cette généralisation. A partir de cette structuration, la Commission a travaillé dans trois directions : le développement des actions d’éducation aux médias en dehors de l’école, en impliquant davantage et mieux les familles, le renforcement de cette politique à l’école, en plus grande adéquation avec les nouvelles technologies, et enfin un plus grand volontarisme dans la protection de l’enfance sur internet, avec la mise à disposition conjointe d’outils techniques et d’outils de formation.
L’élan qui est né ne doit pas s’arrêter : c’est pourquoi il apparaît fondamental de mener une politique publique structurée et de poursuivre le fructueux échange entre tous ceux qui participent activement à l’éducation aux médias et croient à son importance croissante pour notre société, afin de réussir cette étape de généralisation, de sensibilisation, d’information et de formation de toutes les familles à un enjeu majeur pour la vie quotidienne comme pour la citoyenneté.